À 72 ans, je suis devenue guide touristique dans ma ville

Bernard, le mari de Sylvie, avait une phrase qu'il répétait souvent : «Tu connais cette ville mieux que l'office de tourisme.» Elle souriait, sans trop y prêter attention. Et puis un jour, à 72 ans, elle a décidé de prendre cette remarque au sérieux. « J'habite Rouen depuis toute ma vie » explique Sylvie. « J'ai vu des quartiers naître, des bâtiments être restaurés, des histoires s'écrire. Et je me suis dit : tout ça ne doit pas rester dans ma tête. »
L'idée des visites guidées a pris forme lors d'un dîner avec des amis parisiens en visite. « Je leur ai fait découvrir des coins que les guides classiques ne mentionnent jamais » raconte-t-elle. « Une cour cachée du XVIe siècle, une librairie ancienne tenue par la même famille depuis quatre générations, une petite église où Flaubert venait, paraît-il, réfléchir... Mes amis étaient captivés. L'un d'eux m'a dit : tu devrais faire ça officiellement. » Sylvie a d'abord écarté l'idée. Puis elle a commencé à y penser la nuit.
Elle a contacté l'office de tourisme local, qui l'a orientée vers une association de guides bénévoles. « J'ai suivi une petite formation sur les techniques d'animation de groupe, la gestion du temps, la façon de s'adresser à des publics différents » explique-t-elle. « Pour le contenu, en revanche, j'en savais déjà plus qu'il n'en fallait ! » Elle a construit trois circuits différents. L'un sur le Rouen médiéval, l'autre sur les traces de personnages célèbres liés à la ville, le troisième, son préféré, sur les « Rouens secrets » ces lieux que même les habitants ne connaissent pas. « Ce dernier, c'est le plus demandé » sourit-elle. « Les gens adorent avoir l'impression d'être des initiés. »
Sylvie guide maintenant deux à trois groupes par semaine, d'avril à octobre. Scolaires, touristes, retraités, étrangers... « Chaque groupe est différent, et c'est ça qui me plaît » dit-elle. « Avec les enfants, je raconte les anecdotes les plus cocasses. Avec les groupes étrangers, je mesure à quel point notre patrimoine est fascinant quand on le voit avec des yeux neufs. » La préparation prend du temps. « Je lis, je fouille dans les archives, je me balade seule pour vérifier que rien n'a changé » raconte Sylvie. « Mon mari dit que je travaille plus depuis que je suis en retraite. Il a probablement raison. »
Ce qu'elle n'avait pas anticipé : l'effet que ça aurait sur elle. « Je me sens utile d'une façon très concrète. Je transmets quelque chose de vivant, qui ne peut pas se trouver sur un écran » confie-t-elle. « Et chaque fois qu'un visiteur repart en disant "je ne verrai plus cette ville de la même façon", j'ai l'impression d'avoir accompli quelque chose. À 72 ans, c'est un cadeau. »
Son secret de retraitée
« Regardez autour de vous avec des yeux de touriste. Votre quartier, votre ville, votre région... Vous portez probablement un savoir précieux sans le réaliser. Et ce savoir, partagé, peut devenir une vocation. »
La petite astuce APRIL
Commencez petit : proposez une première visite gratuite à des amis ou à votre famille pour tester votre circuit et votre aisance. Leurs retours vous aideront à affiner, et leur enthousiasme vous donnera le courage de vous lancer plus largement.
Les petites bulles APRIL

























