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À 71 ans, elle accueille chaque été des étudiants étrangers chez elle


« La maison était trop grande, trop vide, trop silencieuse. Mes trois enfants étaient partis depuis longtemps. Mon mari est décédé en 2019. » explique Madeleine. « En 2022, à 67 ans, je me suis retrouvée seule dans cinq pièces, à Tours. » Sa fille a fini par lui dire un soir, à table : « Maman, tu meurs d'ennui mais tu refuses de l'admettre. Il faut qu'il se passe quelque chose chez toi. »

C'est sa voisine Anne, retraitée de l'Éducation nationale, qui lui a parlé d'un programme d'accueil d'étudiants étrangers en immersion linguistique pendant l'été. « Elle en avait accueilli deux pendant cinq ans avant de déménager. Elle m'a dit : Madeleine, tu as la place, tu as le temps, tu as la patience. Essaie une fois, juste pour voir. » Madeleine a hésité plusieurs mois. « J'avais peur de tout : ne pas comprendre l'anglais, mal cuisiner, ne pas savoir occuper un jeune de vingt ans, créer un malaise permanent, qu'il se sente perdu chez moi... »

À l'été 2023, à 68 ans, elle a fini par sauter le pas et accueilli Tomás, un étudiant espagnol de 21 ans, pour trois semaines. « Quand il est arrivé à la gare avec sa grosse valise, j'avais préparé un petit panneau cartonné avec son prénom écrit au feutre. Il avait l'air aussi inquiet que moi. Dans la voiture, on n'a presque rien dit. » Le premier soir, Madeleine avait préparé un pot-au-feu. « Il a mangé poliment, mais je voyais qu'il était fatigué du voyage et un peu perdu. Il est monté se coucher à 21h. »

Le deuxième jour a tout changé. « Au petit-déjeuner, il m'a dit en français très hésitant : Madame, j'ai dormi très bien. Votre maison sent comme la maison de ma grand-mère. C'est rassurant. À ce moment-là, je l'ai trouvé absolument adorable. » Pendant les trois semaines de son séjour, Tomás et Madeleine ont visité Tours et la Loire, fait les courses ensemble au marché, cuisiné des recettes espagnoles et tourangelles, regardé des films français avec sous-titres jusqu'à pas d'heure. « À la fin de son séjour, il pleurait. Et moi aussi, évidemment. Sa mère m'a appelée pour me remercier. Elle m'a dit : Madame, vous lui avez offert une grand-mère française. Je n'ai pas su quoi répondre. »

Depuis, Madeleine accueille chaque été deux ou trois étudiants, espacés pour qu'elle ait toujours quelques jours de repos entre deux séjours. « En quatre ans, j'ai eu douze étudiants. Une Allemande, deux Brésiliens, trois Espagnols, une Polonaise, une Russe, un Sud-Coréen, un Mexicain, une Italienne, un Japonais. » Tous gardent contact. « J'ai des messages, des cartes postales, des photos sur WhatsApp tout au long de l'année. Pour mes 70 ans, sept d'entre eux ont organisé une visio surprise avec moi pendant deux heures. J'ai pleuré comme une Madeleine, c'est le cas de le dire. Mes petits-enfants aussi. »

L'impact sur sa vie quotidienne dépasse largement le cadre des trois semaines d'accueil. « Je me suis remise à l'anglais sérieusement, avec une appli sur mon téléphone, une heure par jour. Je cuisine des plats que je n'aurais jamais essayés. Je connais des fêtes nationales que j'ignorais. Je sais danser deux pas de salsa et je connais des bouts de l'histoire de la Pologne. À 70 ans, j'ai ouvert ma maison et je me suis ouverte au monde » résume-t-elle. Sa fille la taquine régulièrement : « Maman, tu voyages davantage en restant chez toi que la plupart des gens en prenant l'avion. » Madeleine sourit : « Elle n'a pas tort. Et je vais continuer tant que je peux. »

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Son secret de retraitée

« Quand votre maison devient trop grande, ne réfléchissez pas en mètres carrés à supprimer. Réfléchissez en présences à inviter. Une maison qui accueille, c'est une maison qui reste vivante. Et c'est vous qui le restez aussi. »

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La petite astuce APRIL

Si vous accueillez des jeunes adultes étrangers, renseignez-vous auprès des organismes habilités (AFS, Centre d'Échanges Internationaux, EF Education First...). Ils encadrent l'accueil, fournissent une assurance pour l'étudiant, et restent disponibles 24h/24 en cas de difficulté. Vérifiez aussi que votre assurance habitation couvre la présence d'un hôte régulier sur plusieurs semaines.

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