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À 71 ans, il transforme sa cour en cinéma de plein air pour son village


Tout a commencé un soir de juillet 2022, dans la cour de Bernard, à Saint-Aignan, un village de 600 habitants du Loir-et-Cher. « Mes deux petits-enfants étaient en vacances chez nous. Ma femme m'avait dit en fin d'après-midi : Bernard, trouve-leur quelque chose à faire ce soir, ils s'ennuient » raconte-t-il. « J'avais un vieux vidéoprojecteur à la cave, hérité de mon fils qui ne s'en servait plus. J'ai tendu un drap blanc entre deux arbres, sorti des chaises pliantes, fait du pop-corn dans une grande casserole... » La séance improvisée du soir était ""E.T."", version années 80. « Les deux gamins ont adoré. Mais surtout, vers la fin du film, je me suis aperçu qu'il y avait douze personnes dans la cour, pas trois. »

Les voisins, attirés par le son qui passait par-dessus le muret, étaient venus voir ce qui se passait. « Au début, je voulais leur demander d'aller chez eux. Et puis ma femme m'a fait signe de les laisser tranquilles. À la fin du film, tout le monde a applaudi. Et un voisin m'a dit en partant : Bernard, tu fais quoi vendredi prochain ? » Bernard a réfléchi pendant la semaine. « Je n'avais aucune envie d'organiser un truc compliqué. Mais l'idée d'un cinéma de cour ouvert à tous, c'était simple, beau, vivant. »

Le vendredi suivant, il a affiché une petite annonce manuscrite dans la vitrine du boulanger : ""Cinéma de plein air, vendredi 21h, cour de Bernard, rue des Tilleuls. Gratuit. Apportez votre chaise"". « J'avais peur de me retrouver tout seul. Vingt-deux personnes sont arrivées avec leurs chaises pliantes. Ma femme a paniqué pour le pop-corn. » Bernard a projeté ""La Grande Vadrouille"". Au générique de fin, plusieurs personnes lui ont demandé si la séance suivante serait la semaine d'après. « Je n'avais rien planifié, mais j'ai dit oui ! »

Quatre ans plus tard, le cinéma de Bernard est devenu une institution. « De juin à septembre, tous les vendredis soirs, 21h précises. Quarante à soixante personnes selon les semaines, parfois plus. Des enfants, des ados, des retraités, des familles qui louent dans les gîtes du coin et qui s'invitent. » Il a investi dans un meilleur vidéoprojecteur, deux enceintes correctes, un écran rétractable digne de ce nom. « J'ai aussi obtenu une autorisation officielle de la mairie, parce qu'il fallait bien que ce soit légal. Le maire est devenu un de mes habitués fidèles, il s'assoit toujours au troisième rang. » La programmation, c'est Bernard qui la choisit. « Je fais une rotation maline : un film français populaire, un film international en VO, un dessin animé une fois par mois pour les enfants. Et chaque été, une soirée hommage à un acteur ou un réalisateur disparu. L'an dernier, c'était Belmondo. La cour ne désemplissait pas. »

Ce que Bernard n'avait pas anticipé, c'est l'effet de son projet sur le village. « Avant 2022, on se croisait à la boulangerie, on se disait bonjour poliment, c'était tout. Aujourd'hui, on se connaît vraiment » dit-il. « J'ai vu naître des amitiés, j'ai vu se former deux couples, j'ai même vu deux maisons se vendre directement entre voisins parce qu'ils s'étaient rencontrés dans ma cour. » Les enfants vivent les vendredis comme un événement majeur. « Le petit Théo, 8 ans, m'a dit l'année dernière en repartant : Monsieur Bernard, votre cour, c'est mieux que Disney. Sa mère a failli pleurer. »

L'organisation est devenue plus collective avec le temps. « Une voisine s'occupe du pop-corn maintenant. Un autre apporte des barquettes de glace artisanale qu'il fabrique. Une troisième vient avec sa guitare pour quelques chansons quand il fait encore jour. C'est devenu un projet de village, pas le mien tout seul. » Bernard refuse toujours de prendre le moindre centime. « C'est une cour, c'est un drap, c'est un projecteur. Ce serait obscène de faire payer. La seule règle absolue, c'est que chacun apporte sa chaise. »

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Son secret de retraité

« Si vous avez un toit, un mur ou une cour, et un peu d'imagination, vous pouvez créer un lieu de vie pour les autres. Ce qui rassemble les gens, ce n'est pas la qualité du matériel ni le confort. C'est la générosité de celui qui ouvre sa porte. »

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La petite astuce APRIL

Si vous envisagez d'organiser des séances de cinéma chez vous, vérifiez votre assurance habitation et signalez la régularité de l'accueil de public à votre assureur. Une déclaration simple en mairie suffit dans la plupart des cas pour formaliser l'activité gratuite. Pensez aussi aux droits de diffusion : certaines associations comme l'AFCAE proposent des solutions adaptées aux ciné-clubs amateurs.

Les petites bulles APRIL