Quand sa fille lui a annoncé que Léa, sa petite-fille de deux ans, était sourde profonde, Michel a mis du temps à trouver les mots. « Je ne savais pas quoi dire » admet-il. « J'avais peur de mal faire, de ne pas savoir comment être avec elle. Et surtout, j'avais cette pensée qui revenait : est-ce qu'elle allait pouvoir savoir que je l'aimais ? » Michel avait 68 ans. Il n'avait jamais appris une autre langue de sa vie. Deux ans plus tard, il connaît plus de 400 signes.
Le déclencheur a été une visite chez sa fille, six mois après le diagnostic. « Léa jouait par terre et moi je ne savais pas comment entrer en contact avec elle » raconte Michel. « Je me suis accroupi à côté d'elle, et elle m'a regardé avec ses grands yeux, et j'ai vu qu'elle attendait quelque chose. Pas des mots, elle ne les entendait pas. Autre chose. » Il est rentré chez lui ce soir-là et a cherché sur internet. Il est tombé sur une association locale qui proposait des cours de LSF (Langue des Signes Française) pour les familles d'enfants sourds.
Les premiers mois ont été difficiles. « J'avais l'impression d'avoir les mains qui ne m'obéissaient pas » dit Michel. « Et puis ma mémoire... À 68 ans, retenir 20 nouveaux signes par semaine, ce n'est pas rien. » Sa femme a commencé les cours en même temps. « On pratiquait le soir à la maison, on se testait l'un l'autre, on se trompait, on riait. » Ce qui l'a le plus aidé : pratiquer directement avec Léa. « Les enfants sourds sont d'une patience extraordinaire » dit-il avec chaleur. « Quand je faisais un signe approximatif, elle me reprenait. À trois ans, elle me corrigeait. C'est elle, finalement, ma meilleure prof. »
Aujourd'hui Léa a cinq ans. Quand elle arrive chez ses grands-parents le mercredi, la conversation s'engage immédiatement — en signes, en expressions, parfois avec quelques mots qu'elle commence à oraliser. « La semaine dernière, elle m'a raconté en LSF ce qui s'était passé à l'école » dit Michel, et sa voix change légèrement. « En détail. Qui avait fait quoi dans la cour, ce qu'elle avait mangé à la cantine, pourquoi elle était un peu triste. Ce niveau de conversation... je ne l'espérais pas. » Sa fille dit que Michel est devenu l'adulte entendant avec qui Léa communique le plus facilement. « Peut-être parce que j'ai appris pour elle, et qu'elle le sait. »
Son secret de grand-père
« Ne vous dites pas que c'est trop tard, que votre mémoire n'est plus ce qu'elle était, que vous n'êtes pas fait pour ça. Demandez-vous juste pour qui vous le faites. Si la réponse est assez forte, le reste suit. »
La petite astuce APRIL
Si vous avez un proche sourd dans votre famille, sachez qu'il existe des aides pour les aidants familiaux. Renseignez-vous, c'est une démarche simple qui peut alléger le coût de la formation.
Les petites bulles APRIL


























