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Cette ancienne comptable est devenue potière à 63 ans


Sylviane n'avait jamais fait de poterie. Elle n'avait jamais fait grand-chose avec ses mains, à vrai dire, trente-cinq ans de chiffres, d'écrans, de colonnes Excel. « J'aimais mon métier » dit-elle honnêtement. « Mais à 62 ans, quelques mois avant la retraite, j'ai réalisé que je ne savais pas du tout qui j'étais en dehors du travail. C'était une pensée terrifiante. »

L'idée de la poterie est venue par hasard, lors d'une kermesse de village. « Il y avait un atelier d'initiation, dix euros pour une heure » raconte Sylviane. « J'ai attendu que la queue se réduise, un peu gênée à l'idée de me retrouver là. Et puis j'ai posé mes mains sur cette argile encore froide, et j'ai senti quelque chose que je n'avais jamais ressenti. Une forme de... présence totale. Je ne pensais à rien d'autre. » Elle est rentrée chez elle les mains tachées d'argile et la tête qui tournait.

Elle s'est inscrite dans un atelier de poterie le lendemain. « La prof, Isabelle, avait trente ans. Ses autres élèves aussi, pour la plupart » sourit Sylviane. « Le premier cours, j'ai raté toutes mes pièces. Vraiment toutes. L'argile s'effondrait, je forçais trop, je ne sentais pas la matière. » Isabelle lui a dit une phrase qui a tout changé : « En poterie, ce n'est pas vous qui décidez. C'est vous et l'argile ensemble. » Pour une femme qui avait passé trente-cinq ans à maîtriser, contrôler, anticiper, c'était une révolution.

Dix-huit mois plus tard, Sylviane a loué un atelier. Pas pour en faire un métier, « ma retraite suffit amplement, j'ai cette chance » précise-t-elle, mais parce que son appartement n'avait plus assez de place pour ses pièces. Elle participe à des marchés artisanaux depuis six mois. « Je ne savais pas que des inconnus allaient tenir mes bols entre leurs mains et les trouver beaux » dit-elle, encore un peu étonnée. « La première fois qu'une femme en a acheté un en disant qu'il irait parfaitement dans sa cuisine, j'ai failli pleurer. Pas par vanité. Parce que cette pièce, c'est moi qui l'avais faite avec mes mains. Moi qui n'avais jamais rien fabriqué de ma vie. »

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Son secret de retraitée

« Ne cherchez pas "une passion". C'est trop grand, ça fait peur. Cherchez juste quelque chose qui vous fait oublier l'heure. C'est ça, le signe. »

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La petite astuce APRIL

Avant de louer un atelier ou d'investir dans du matériel, vérifiez si votre activité artisanale peut être déclarée en tant que micro-entreprise. Même à la retraite, vendre ses créations est tout à fait possible, et peut même compléter vos revenus sans affecter votre pension si vous restez sous les seuils réglementaires.

Les petites bulles APRIL